Après des années à lire les manga de la maison d’édition française Taifu Comics, nous avons sollicité une interview auprès d’eux afin d’en savoir plus sur leur ligne éditoriale et leur sélection des titres à paraître pour le lectorat français.
Voici en substance notre échange réalisé avec l’équipe de Taifu Comics :
1/Comment sont nées les éditions Taifu Comics ? Quelle était la vision de départ ?
Les éditions Taifu Comics viennent d’une vision d’Yves Huchez, son dirigeant. Initialement, il appartenait au monde de la vidéo, mais il a voulu élargir l’offre du manga en France, et s’est notamment penché sur des genres encore inconnus chez nous. À l’époque, au début des années 2000, le manga commençait tout juste à s’installer dans le paysage français.
2/ Comment décririez-vous votre ligne éditoriale ?
Nous cherchons à publier un panel relativement représentatif du genre Boy’s Love (BL), en publiant à la fois des titres grand public et des coups de cœur singuliers. De fait, nous tenons à proposer des histoires qui peuvent être tant réalistes que fantastiques pour offrir aux lectrices la possibilité de se plonger dans différents univers. D’abondant, nous proposons des titres aussi bien smut et/ou sombres que soft et rayonnants.

Aussi, nous n’excluons pas de publier des sous-genres du Boy’s Love comme l’omegaverse, qui permet de traiter entre autres de sexisme, comme dans Takatora et les omégas d’Asada Nemui par exemple.
Lorsque nous sélectionnons des titres, nous faisons particulièrement attention aux questions de consentement. Au début, les relations dans les BL se construisaient souvent sur du viol, mais depuis le genre a évolué et de nombreux titres en sont désormais dénués.
3/ Y a-t-il des thèmes/sujets (ou des situations « en dessin ») que vous vous refusez de diffuser ? Si oui, lesquel.le. s ?
Typiquement, sauf exception, nous refusons :
- Le viol qui amène à une relation sans remise en question. Nous n’excluons pas de publier des titres avec du viol ou de la violence, mais lorsque c’est le cas, le sujet doit être reconnu et traité.
- L’inceste direct avec liens de sang.
- Le shotacon, les BL présentant des couples avec un personnage à l’apparence très jeune.
En dehors de ces cas-là, il y a peu de sujets que nous excluons d’emblée, mais beaucoup sont sujets à questionnement, et la question de la représentation entre toujours en jeu dans notre réflexion.
4/ Comment se déroule le processus de sélection des œuvres que vous souhaitez intégrer dans votre catalogue ? Privilégiez-vous des titres présents au sein de maisons d’éditions japonaises spécifiques ou bien choisissez-vous des titres indépendamment des éditeurs nippons ?
Nous choisissons les titres plutôt indépendamment des maisons d’éditions japonaises. Si un titre plaît, on le met sur la table, on en discute et, ensuite, on fait une demande. Il arrive que des titres soient proposés sur les réseaux sociaux et qu’ils attirent notre attention. Cela ne nous empêche pas de regarder les catalogues de nos partenaires japonais. Nous réalisons également un suivi de nos autrices.
5/ Vous avez notamment publié le manhua Here U Are, ainsi que le manhwa Hyperventilation. D’autres titres issus de la littérature chinoise et sud-coréenne sont-ils à prévoir dans votre catalogue dans le futur ?
Ce n’est pas prévu dans l’immédiat, mais nous ne fermons la porte à aucun projet si une série nous plaît.
6/ Lorsqu’il y a des tournures de phrases particulières ou des références culturelles spécifiques au pays d’origine de l’œuvre, comment décidez-vous de la meilleure traduction à adopter ? Quels sont les paramètres qui sont pris en compte ? En bref, comment s’organise et travaille l’équipe en charge des traductions ?
Concernant les tournures de phrases, il y a une balance :
- Il faut que le texte reste lisible.
- Il ne faut pas briser l’immersion des lectrices.
- Il faut conserver au maximum l’essence du texte d’origine en donnant des explications si c’est nécessaire.
Il y a quelques années, les traductions définissaient encore ce qu’étaient les soba/udon dans les manga. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Le lectorat s’immerge plus facilement dans les histoires. Il y a, évidemment, des cas spécifiques.
Lorsqu’un de ces cas fait son apparition, les personnes en charge de la relecture entament une discussion pour définir quelle sera la meilleure proposition. Si la traduction peut être revue, iels entament un échange avec les traducteur.ices.
7/ Quelle est la typologie de votre lectorat ? Recevez-vous parfois des courriers de vos lecteurs ?
Notre lectorat est principalement composé de lectrices et de personnes queers. Nous estimons la tranche d’âge entre 14 et 50 ans. Une majorité se situant entre 15 et 30 ans.
C’est assez rare que nous recevions des lettres de lectrices, et ce n’est pas non plus un mode de communication que nous encourageons (en invitant les lectrices à le faire et en mettant notre adresse en avant par exemple). Aujourd’hui, les échanges passent davantage par les réseaux sociaux, et nous sommes aussi régulièrement en contact avec notre lectorat en salon où nous échangeons avec elles en direct.
8/ La tendance du moment semble être celle de l’omegaverse, mais également du guideverse, notamment dans les manhwa. Des titres de cet univers sont-ils envisagés par vos éditions ?
Les histoires avec de l’omegaverse sont présentes dans notre catalogue depuis longtemps : Remnant, Laisse-moi te détester ou encore Megumi & Tsugumi par exemple.
Il y a de plus en plus de verses. Les histoires impliquant deux personnages complémentaires peuvent se décliner en une infinité de variations, et permettent de traiter de sujets spécifiques en profondeur. Personnellement, j’ai l’impression que les histoires incluant des idoles sont assez populaires au Japon en ce moment, et on ne le sent pas encore sur le marché français. Est-ce que c’est parce que c’est une spécifié culturelle ? Le streaming est aussi un sujet à la mode, mais on le retrouve davantage chez nous, avec des séries comme Stream à minuit par exemple.
Nous n’avons pas d’informations particulières à communiquer concernant de futures licences, mais nous nous intéressons bien sûr à ces genres.

9/ À quels évènements et/ou festivals êtes-vous présents chaque année ? Quels sont les « rendez-vous » à ne pas manquer pour pouvoir vous rencontrer ?
Les Made in Asia, les Y/Con et la Japan Expo de juillet sont nos plus gros rendez-vous. Le meilleur salon pour nous rencontrer est la Y/Con puisqu’il s’agit d’un salon dédié aux homofictions, queer et inclusif.
10/ Un mot pour la fin ?
Le Boy’s Love est un genre qui a longtemps été considéré comme étant de niche. Depuis peu, les plus grandes maisons d’édition en publient, ce qui permet au genre de toucher un nouveau public. Il a encore beaucoup d’histoires à raconter et on espère qu’il se développera encore davantage !
Nous tenons à remercier les éditions Taifu Comics pour cet entretien, et nous espérons que les lecteurs qui ne connaitraient pas encore cette maison d’édition de manga spécialisée dans le BL s’intéresseront à leur catalogue !
À savoir : Certains titres sont destinés à un public averti.
Informations :
Site Internet : https://www.taifu-comics.com/
Instagram : https://www.instagram.com/taifucomics/



