Un festival sous le signe de l’eau !
Le festival de la traversée de la rivière du sanctuaire Fuji Hachimangu est un événement assez unique et intimiste, car peu d’étrangers y assistent. Pourtant, il s’agit de l’un des cinq festivals majeurs de la préfecture de Fukuoka !
Se déroulant chaque année le troisième weekend du mois de mai, ce festival a commencé pendant l’ère Eiroku (1558-1570) lorsqu’une épidémie a éclaté. Une prière avait été alors faite à la divinité gardienne du village pour quémander la fin de cette calamité. Depuis cette époque, le festival a dès lors perduré, animé par ses habitants pendant près de 470 ans !
Rien d’étonnant alors à ce qu’il ait été reconnu comme un « bien culturel populaire immatériel » de Fukuoka !
© Alexia Dompnier @mellowblend_
Un festival haut en émotions
L’événement débute le samedi vers 13 h 30 avec une danse appelée shishimai, mettant en scène un couple de « lions ». Deux hommes déguisés, revêtant des masques, exécutent alors des pas de danse et des acrobaties devant le hall principal du sanctuaire Fuji Hachiman. Tout autour d’eux, des enfants en costumes traditionnels marchent en cercle, reproduisant une chorégraphie dynamique. Puis c’est enfin au tour des volontaires — tous des hommes habillés en haori, un hachimaki ceint autour du front — d’empoigner les mikoshi, ces autels dorés sacrés, et de quitter la sacrosainte enceinte.
Après avoir descendu la longue allée de marche et être passés sous les différents torii, ces portails shintō tantôt en pierre, tantôt en bois, les bénévoles rejoignent d’autres confrères. En effet, dans la rue adjacente au sanctuaire, onze chars avaient pris place depuis plus d’une heure, se préparant pour la grande parade. Les chars, appelés yamakasa, arborent alors d’immenses tiges de bambous parsemés de rubans. Chacun pesant entre 2 et 4 tonnes, ils sont tractés à la force des bras vigoureux des habitants de différents quartiers de Tagawa.
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Le top départ est donné plusieurs dizaines de minutes plus tard. Le cortège s’élance dès lors depuis la place devant la gare JR Tagawa-Ida, laissant le sanctuaire Fuji Hachimangu dans son sillage. Les mains occupées par quelques encas achetés plus tôt aux yatai voisins, ces stands de nourriture éphémères que l’on retrouve à quasiment chaque matsuri (festivals traditionnels japonais), nous suivons docilement la procession jusqu’à la rivière Hikosan, où la suite des festivités se prépare.
Là, sur la rive, les chars se rassemblent les uns à la suite des autres, arrivant doucement au gré des pas de leurs porteurs. Et vers 15 h-15 h 30, c’est enfin l’heure de la traversée ! Les mikoshi s’élancent par conséquent dans l’onde calme de la rivière, bientôt suivis par les chars décorés. Chaque passage d’un yamakasa donne alors lieu à des cris et à des éclaboussures. Les volontaires secouent d’ailleurs les chars, les faisant basculer d’avant en arrière, pendant la traversée, avant de s’arrêter pour prendre une photographie commémorative ! Aussitôt le cliché pris, tous les porteurs s’aspergeaient mutuellement avec entrain, une activité ô combien rafraîchissante en cette journée chaude et humide…
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L’un des bénévoles ira jusqu’à s’essayer à quelques jeux d’équilibristes sur les « barres » des porteurs pendant que ces derniers l’agitent de tous les côtés. Un autre s’éloignera avec le courant pour discuter avec un camarade juché sur la rive, sa tunique relevée et collante laissant deviner un gigantesque tatouage dans son dos — et donc son appartenance à la mafia japonaise.
Sachant que la traversée des onze chars prendrait près de deux heures, nous avons profité de notre présence à Tagawa pour aller rapidement visiter le temple Mitsuidera, situé à quelques encablures à pied du festival. Là, nous avons pu naviguer sous des centaines de fūrin, ces cloches en verre tintinnabulant au vent pendant la belle saison. Un chat viendra même à nous rencontre, mi-facétieux, mi-somnolent, sorti sans doute précocement d’une sieste à l’ombre des arbustes. En progressant sous les cloches, nous serons captivés par les papiers multicolores pendant de ces capsules transparentes où étaient dessinés différents décors et animaux, dont des poissons !

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Après ce court moment suspendu, nous décidons de retourner en plein cœur des festivités aquatiques. Nous assistons alors au passage des deux derniers chars, dont le dernier sera un peu mis en difficulté une fois arrivée sur l’autre rive. Mais avec les efforts combinés des équipes bénévoles, tous les chars réussirent à atteindre le second sanctuaire, l’Otabisho, le point d’arrivée du défilé du samedi. Là, les mikoshi et les yamakasa sont alignés en demi-cercle sur la grande place dégagée devant le sanctuaire, entourés par de nombreux yatai. D’ailleurs, le soleil déclinait doucement sur l’horizon, plongeant les lieux dans une obscurité diffuse, permettant ainsi d’admirer les lumières des chars immobiles, tels des titans figés dans l’ambre.
Il est alors temps de parcourir les stands à la recherche de quelques délicieux mets à manger sur le pouce avant de reprendre la route…
Un grand merci à Oose-san, responsable du département photo et de la publicité du comité exécutif du Matsuri à Tagawa, une organisation bénévole pour le River Crossing Shinko Matsuri, qui nous a permis d’accéder à l’espace presse pendant cet événement.





